La Gabegie sur les Finances Publiques : Apprenons de Notre Histoire Politique

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Ceci est une tribune que le mouvement Servir et non se servir à publier sur sa page Facebook en  faisant l’historique de la gestion des finances du Burkina Faso. Dans son écrit le mouvement dénonce la mauvaise gestion des finances  publiques.
Nous sommes en Janvier 1966… La rue vient de chasser du Pouvoir Maurice Yaméogo à la suite d’une insurrection populaire. Les caisses de l’Etat sont vides et le pays est au bord de la cessation de paiement. Le nouveau Président, le Général Sangoulé Lamizana est à la recherche d’un nouveau ministre des Finances. Tous les hauts fonctionnaires du pays expérimentés dans le domaine des finances publiques refusèrent d’occuper le poste. L’armée au pouvoir se tourna alors vers l’intendant militaire Tiémoko Marc Garango qui, fut nommé Ministre des Finances et du Commerce.
Deux ans avant la chute de Maurice Yaméogo, les signes du déclin était déjà là… Le train de vie de l’État était fastidieux, et ce, malgré le chômage, le coût de la vie qui grimpait, etc. Au milieu de cette pauvreté rampante, l’édification de fortunes personnelles fulgurantes se poursuivait au sein de l’élite politique et de l’administration publique. 1964 et 1965 étaient des années moroses pour le peuple.
Pour rééquilibrer le budget de l’état et redonner confiance au peuple, Tiémoko Marc Garango prit un certain nombre de mesures parmi lesquels : un abattement de 20% sur les salaires, la réduction des allocations familiales, le relèvement de l’impôt forfaitaire sur le revenu de 10%, la suppression du tarif préférentiel applicable aux importations. D’autres mesures restrictives complémentaires venaient compléter la liste. Il s’agissait entre autres : de la centralisation des achats de mobiliers, de l’amélioration du recouvrement de l’impôt, la réduction au strict minimum du personnel de l’assistance technique, et aussi et surtout, la suppression des véhicules de fonction.
Et ce n’est pas tout. Tiémoko Marc Garango alla jusqu’à réduire de 50 à 75%, les diverses indemnités accordées aux présidents d’institutions, aux Ministres, et aux fonctionnaires. Les Ministres perdirent le bénéfice de la gratuité du logement et étaient sommés de payer de leurs poches, leurs factures d’électricité, d’eau, de gaz, et de téléphone au-delà d’un certain montant. Au final, toutes ces mesures ont conduit à la restauration de la crédibilité de l’État. L’intégralité des dettes contractées par la Première République ont été payées. Mieux, de 1967 à 1970, le budget du pays était excédentaire !!!
Ces mesures on le sait, étaient draconiennes. Ce fut une thérapie de choc, un véritable programme d’ajustement que l’on nommait à l’époque, la GARANGOSE. Ce qui était extraordinaire, c’est que les mesures que le Président demandait au peuple étaient encore plus dures que celles demandées par Maurice Yaméogo. La seule différence est que l’administration de Sangoulé a prêché par l’exemple en réduisant son train de vie alors que celle de Maurice était dans des dépenses de prestige qu’elle justifiait avec suffisance et arrogance. Sangoulé avait compris que pour faire appel à l’esprit de civisme et de patriotisme des Burkinabè, il fallait d’abord et aussi que son gouvernement et son administration donnent l’exemple.
Tiémoko Marc Garango et Sangoule Lamizana ont réussi cette prouesse en temps de paix… imaginez ce qu’ils auraient pris comme mesures en temps de guerre comme c’est le cas aujourd’hui au Burkina Faso. Nous sommes en guerre… et certains responsables de l’État par leurs comportements, donnent l’impression d’être venus au sommet de l’État pour se servir et non servir le peuple. Cela est révoltant et inadmissible quand on interroge notre histoire récente.
Le 4 Août prochain, le Burkina Faso va commémorer le 38ième anniversaire de l’avènement de la Révolution Démocratique et Populaire (RDP). Sous ce régime également, le pays a connu une gestion rigoureuse et vertueuse des deniers publics au point de susciter l’admiration et les félicitations du Fonds Monétaire International (FMI) avec lequel le pouvoir révolutionnaire n’était pourtant pas en odeur de sainteté. Il ne pouvait en être autrement car le Président Sankara et son gouvernement s’imposaient d’abord l’austérité avant de l’imposer au peuple. Le Président et ses ministres touchaient chacun le salaire de son statut de fonctionnaire. Comment alors comprendre que nos gouvernants actuels dont la plupart sont issus de cette génération de révolutionnaires ou s’en réclament, n’arrivent pas à suivre ce bel exemple? Pourtant, ils ont vu où nous ont mené les 27 longues années de la gouvernance Compaoré faite de gabegie, du laxisme et du gout effréné pour le luxe. On s’interroge!
Quelles mesures l’administration de Roch Marc Christian Kabore a-t-il mis en place pour réduire de manière substantielle le train de vie de l’Etat? Pendant que le peuple souffre, pendant que les soldats manquent d’équipements et meurent au front, nos responsables s’achètent des véhicules de luxes comme voiture de fonction. Pire, Kosyam la Présidence semble être devenu un lieu de gabegie. L’ex conseiller spécial du Président a du démissionner de son poste pour se mettre à la disposition de la justice suite à la diffusion d’un audio sur les réseaux sociaux. Dans cet audio, il semblait réclamer une commission de trente millions à un supposé entrepreneur dans l’exécution d’un marché de construction de route. L’actuel Directeur de Cabinet du président a été entendu par la justice sur des soupçons de blanchiment d’argent… Depuis les cinq dernières années, nous sommes englués dans une crise profonde liée à l’absence de moralisation de la vie publique. Kosyam qui devrait donner l’exemple, est maintenant pointé du doigt…
Il est temps que cela change. Il est temps que l’État embrasse une nouvelle méthode de gouvernance. Il est grand temps de mettre l’administration publique au service de notre peuple. Il est simplement temps de faire appel à des hommes et des femmes qui viendront servir le peuple et non se servir.

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